Livres d’art

Alix Cléo Roubaud. Photographieséditions de la Bibliothèque nationale de France, 2015, 192 pages.

« Travailler comme un peintre, éléments de rythme, densité, répétition essentiellement photographique. Le singulier à répéter jusqu’à la danse, jusqu’au chant. »

Jusqu’en 2009, l’œuvre d’Alix Cléo Roubaud a été presque entièrement oubliée. Jacques Roubaud disposait des six cent cinquante-deux photographies laissées pêle-mêle après sa mort. Ces images ont aujourd’hui rejoint les prestigieuses collections de différentes institutions (BnF, Musée national d’art moderne, Maison européenne de la photographie, etc.). La BnF a reçu deux ensembles, qui constituent un fonds de 148 épreuves uniques. Le présent ouvrage présente des photographies issues de ces différents fonds, afin de donner une vision exhaustive du travail de la photographe : une œuvre à la fois intime, arrimée à sa biographie – elle-même, ses proches, ses objets familiers, ses médicaments, ses addictions – et profondément expérimentale. Alix Cléo considérait en effet le négatif comme « la palette du peintre » : une fois obtenu le tirage souhaité, le négatif était détruit. Il existe donc très peu de tirages, tous réalisés de sa main.

Cet ouvrage a été publié à l’occasion de l’exposition Alix Cléo Roubaud, photographies. « Quinze minutes la nuit au rythme de la respiration », présentée par la Bibliothèque nationale de France sur le site François-Mitterrand, Galerie 1, du 28 octobre 2014 au 1er février 2015.

 

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« Haiku », Si quelque chose noir, Centre international de poésie Marseille, 2012.

Préface de Hélène Giannecchini
Poème de Jacques Roubaud

“Si quelque chose noir, série de dix-sept photographies réalisées par Alix Cléo Roubaud en 1980 à Saint Félix, met en scène la jeune femme se déplaçant dans un atelier éclairé d’une fenêtre unique : beauté du noir cerclé de lumière. Le travail entre en résonance avec le recueil de poèmes de Jacques Roubaud Quelque chose noir paru en 1986. Ces autoportraits photographiques, qui creusent le corps opaque, le dématérialisent, et le fissurent, ne décrivent pas. Ils fixent des états et des extraits du corps rayonnant de son propre éclat. Le silence et la paix tourmentés qui en émanent résistent à la contemplation de ces stations : l’hypothèse, suggérée par un « si » initial évoquant également l’intensité, est léthale. Le noir articule les blancheurs d’un corps déposé dans le jour. L’observant, nous contemplons la perte et son rachat, et, sans quitter des yeux un titre programmatique, on loge dans ce « quelque chose » l’étendue et l’insistance d’un fantôme qui n’a pas fini de traverser nos murs de papier, ce cadre fixant le manque et l’abandon. ” Anne Maplrade